Les infirmiers ont le blues

 

Stress, dégradation des conditions de travail, manque de reconnaissance… La seconde édition de l’enquête sur l’état d’esprit des infirmiers salariés menée par le SNPI fait état d’un profond mal-être au sein de la profession.

 

Les infirmiers sont à la peine. Conséquence : leur moral est au plus bas. C’est ce que révèle la seconde enquête sur l’état d’esprit des infirmiers salariés, menée auprès de 1 327 adhérents par le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI-CFE-CGC) et dévoilée le 31 janvier.

Premier constat : « Les sentiments négatifs prédominent » chez une majorité d’infirmiers, qui ont fait part de leur colère (28 % des sondés), de leur inquiétude (22 %) ou de leur résignation (20 %). La motivation et l’espoir n’ont été citées, respectivement, que par 21 et 9 % des soignants interrogés. Des scores bien en deçà de ceux enregistrés par l’enquête Ipsos menée en 2010 (1), sur laquelle s’appuie le SNPI : 49 % des infirmiers restaient, malgré tout, motivés. De même, alors que 81 % des sondés avaient alors affirmé qu’ils ne souhaitaient pas changer de métier, ils ne sont plus que 71 % aujourd’hui. Une large majorité d’infirmiers (93 %) font part de leurs inquiétudes face à l’avenir.

Dégradation du pouvoir d’achat

Les causes sont multiples. 69 % des adhérents jugent ainsi que leur niveau de stress s’est accru. 47 % des sondés estiment que leurs conditions de travail se sont dégradées; 37 % affirment qu’elles n’ont pas évolué et seuls 16 % qu’elles se sont améliorées. L’érosion du pouvoir d’achat est ressentie par 62 % des infirmiers interrogés ; seuls 7 % ont vu évoluer positivement leur rémunération. « L’écart entre le Smic et le salaire d’un IDE débutant est passé de 1,7 à 1,3 depuis 1990, signe d’un tassement des grilles salariales », commente le SNPI. La reconnaissance du diplôme au grade de licence et le passage en catégorie A, troqué contre l’abandon du critère de pénibilité, n’ont pas eu l’effet escompté sur le salaire, selon le syndicat. « L’effet maximum n’est [attendu] que pour juillet 2015, alors que la dernière revalorisation date du mouvement infirmier de 1988. »

D’où le sentiment d’un manque de reconnaissance de la part des pouvoirs publics : elle s’est détériorée pour 70 % des répondants. Par ailleurs, 55 % des sondés estiment que la reconnaissance des compétences infirmières par les médecins n’a pas changé ; 32 % pensent qu’elle s’est dégradée et 13 % qu’elle s’est améliorée. De même, une majorité d’infirmiers considèrent que la reconnaissance par les patients n’a pas évolué ; elle est moindre pour 22 % des sondés et elle s’est accrue pour 14 % d’entre eux.

Moins de formations

Côté formation, le tableau est contrasté. 74 % des soignants interrogés estiment que la reconnaissance du DE au grade de licence est une bonne chose, contre 87 % lors de l’enquête Ipsos de 2010. Par ailleurs, 42 % des sondés pensent que leurs possibilités de formation sont moins bonnes qu’avant (pas d’évolution pour 43 %) en termes de volume, de choix et de qualité. « Les formations institutionnelles (sécurité, informatique, accréditation) se font aux dépens des formations d’enrichissement des pratiques ou d’actualisation des savoirs professionnels, affirme le SNPI. La pénurie empêche souvent au dernier moment de partir en formation, faute de personnel de remplacement. »

En matière d’évolution des compétences, la possibilité de prescription (dispositifs médicaux, renouvellement de contraceptifs) est une bonne chose pour 66 % des répondants (une mauvaise chose pour 17 %). En revanche, 85 % des sondés sont opposés aux protocoles de coopération tels que définis par l’article 51 de la loi HPST.

Le SNPI a également interrogé ses adhérents au sujet de l’Ordre des infirmiers. Sa création est une bonne chose pour 49 % d’entre eux, et une mauvaise pour 19 % (32 % ne se prononcent pas). Mais, 51 % des sondés ne sont pas satisfaits de son action ; seuls 18 % jugent que l’ONI remplit ses missions (31 % ne se prononcent pas). Par ailleurs, 49 % sont inscrits, 34 % ne comptent pas le faire et 5 %, seulement, l’envisagent.

Aveline Marques

 

 

1- Enquête menée à l’occasion du Salon infirmier 2010 auprès de 303 infirmiers, constituant un échantillon représentatif de la profession. Le SNPI a posé les mêmes questions lors de sa première enquête, en 2011.

 

http://www.espaceinfirmier.com/actualites/detail/62624-revues-1/les-infirmiers-ont-le-blues.html